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23/05/2012

Spiritualité relevée et berceau d’écrivains

 

« Les piments de Padrón ? Certains sont piquants, d’autres non ». C’est par cette affirmation lapidaire que les Galiciens répondent à la question de savoir si le fruit vert qui pousse dans le petit village de Herbón, dans la province de La Corogne (Galice), nous en fera voir de toutes les couleurs ou si sa saveur si caractéristique fera les délices de notre palais. Les poivrons de Padrón sont petits et tendres, ils se dégustent frits, avec du gros sel et personne ne peut savoir si celui que nous tenons entre nos doigts est doux ou piquant. L’origine de cette plante se trouve en Méso-Amérique et semble être un lointain parent du chili. Mais en atteignant les terres humides de la Galice, sa taille diminua, sa saveur se renforça et son piquant fut réservé à quelques exemplaires seulement de chaque récolte.
 
La discussion portant sur le fait qu’ils piquent ou pas pourrait bien rapprocher de la terre le visiteur venu dans la région pour en savoir plus sur Rosalía de Castro, poétesse de génie, auteur de A las orillas del Sar. Ce fut là, sur la promenade de l’Espolón, avec une statue dédiée à Rosalía, qu’elle écrivit ses vers les plus célèbres et les plus terribles, et qu’elle plaça sur la carte du monde un village minuscule et mythique qui a donné des fruits, non seulement naturels, mais aussi littéraires.
 
Si la poétesse Rosalía a mis Padrón sur la carte, Camilo José Cela le fit connaître dans le monde entier. L’écrivain, narquois, amusant et controversé a obtenu le prix Nobel de littérature en 1989. Depuis, à Iria Flavia, le petit village de Padrón où est né C. J. Cela, ne reçoit pas seulement la visite de pèlerins à la recherche de l’apôtre Saint-Jacques, mais aussi des admirateurs dévots de l’auteur de Mazurka pour deux morts.
 
La controverse à propos des piments aurait très bien défini le caractère de M. Cela, qui aimait jouer avec la langue et la susceptibilité de l’interlocuteur, comme le font également les piments : « Ce qui est ennuyeux avec ceux qui croient posséder la vérité, c’est que lorsqu’il s’agit de le démontrer, ils échouent toujours ». Il s’agit de l’une des sentences qui pourraient s’appliquer aux petits malins qui affirment avoir un truc pour savoir si le piment est piquant ou pas.
 
La terre est synonyme de vie, mais aussi de mort : à Padrón la joie et la réflexion sont inséparables. Il suffit de voir le cimetière, près de la maison du prix Nobel, pour comprendre qu’il s’agit de l’une des choses dont les habitants du village, outre la bonne chère, s’occupent le plus. C’est pourquoi il n’y manque jamais des fleurs et des hommages.
 

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Tags: poivre, Galice

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